Etape 1 (départ le 15/08/2013) – Metz-Tellancourt (83 kms)

Le départ. Dans la rue, devant chez Rémi. Nos sacoches soigneusement fixées sur les vélos. Nous avons tout vérifié, attaché, réglé. Premier coup de pédale. Quelque chose frotte sur le pneu avant. Quoi ? mystère. Mais cela a le pouvoir d’énerver. Un bruit régulier. L’effet est le même qu’un goutte-à-goutte d’un robinet qui fuie. Je ne connaîtrai jamais l’origine du frottement. Frustration. Il s’arrête au bout de quelques kilomètres. Nous quittons Metz par les rives de la Moselle. Moulins, la vallée de Montvaulx, Saint Privas la Montagne, Sainte-Marie aux Chênes, Auboué la ville ou le sous sol minier se dérobe et s’affaisse, Briey, Landres, Pierrepont, Beuveille, Fermont, Tellancourt. A Briey, la Cité radieuse de Le Corbusier se devine dans la verdure environnante. Oostende_2013_03« On y va ? » « On y va ». Descente à travers bois, nous longeons un étang. Arrivé en bas, il faut remonter, toujours la même histoire. Une pente raide, inhumaine pour nos corps peu entraînés. En haut, une grande barre ? La Cité. Une exposition photo. Simone de Beauvoir y a séjourné. Montée dans les étages. C’est désert. Nous quittons les lieux quand nous croisons Erika. Belle jeune femme qui semble pressée. Erika est directrice d’un centre d’orientation. C’est la première personne qui va répondre à notre question qui va vite devenir rituelle «  Et si vous pouviez tout changer dans votre vie, que feriez-vous ? ». Elle se prêt au jeu, nous avons un peu de mal à régler notre matériel d’enregistrement. Elle patiente. Elle part en vacances. Nous filons de notre côté avant un détour par la chaufferie de la Cité et la rencontre étrange d’un artiste plasticien et de ses œuvres dérangeantes. A Fermont, panne sèche, nos bidons d’eau sont vides. Un éducateur spécialisé et sa femme nous offre l’accès direct à leur robinet. Le soir, à Tellancourt, nous longeons des jardins, un verger. Un vieil homme est penché sur son carré de patates. « C’est de la ratte ? Elles sont trop biscornues. Je les ai eu au Bricomarché gratuitement. Elles sont bonnes avec du beurre. Vous avez vu les doryphores ? ». Le monsieur a 82 ans. Nos lui demandons un endroit pour planter la tente. Il nous désigne un carré dans son verger sans nous regarder. « Vous ne laisserez pas de papiers en partant ! ». Autour de nous, des maisons construites après guerre. Au bout du champ, l’ancienne baraque du douanier. Nous sommes à quelques kilomètres de l’ancienne frontière, près de Virton. C’est donc la saison de la récolte des patates. Le lendemain matin, dès la première heure, Jean-Claude, ancien sidérurgiste à Hayange, est dans son potager. Il fait beau. Ciel bleu. Hier soir, le vieux monsieur nous a beaucoup parlé de sa jeunesse, de la guerre qui l’a méchamment bercée. Aujourd’hui, il vit avec sa sœur dans la ferme familiale. Son frère est mort il y a quelques années. « Jean-Claude, faudra que tu me ramènes mon cadenas ! Je l’avais laissé près du robinet et il n’y est plus. » Le vieil homme est déjà reparti.

Stéphane Harter

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