Etape 8 :  Ypres-Houtkerque (37 kms) 

 

Au départ, rencontre d’un étrange tandem d’Anglais campeurs. Un side-car est garé à côté d’une tente format familial. Le side-car est déjà exceptionnel avec son panier en forme d’obus. De cet habitacle exigu est sortie une télévision, un salon en mousse rouge, une table basse. Un intérieur anglais version extérieur. Tout y est, du napperon à la théière qui siffle. Les quelques gouttes de pluie deviennent une douche belge.

Oostende_2013_472 Oostende_2013_486À la sortie d’Ypres, sur le bas-côté, dans une pelouse, d’énormes bouledogues colorés en résine se sont posés. Le propriétaire prend son petit déjeuner dans son salon et remarque notre intérêt. Il nous fait signe d’approcher et nous tend sa carte de visite. Il vend ses bouledogues synthétiques de jardin. Il les importe d’Asie. Il a aussi des bouddhas colorés. Nous entrons dans son pavillon pour prendre un café. Passionné par le Népal, l’homme s’est converti au bouddhisme, a rencontré le Dalaï lama.

Notre progression reprend avec le même taux d’humidité. Brielen, Elverdingue, Vleteren et son moulin et enfin Vestvleteren et son abbaye Saint-Sixte. Là aussi, production d’une bière trappiste. Réputée la meilleure du monde suite au classement d’un certain Michael Jackson. Pour obtenir un carton de six bouteilles de cette bière devenue mythique, il faut maintenant se connecter sur internet avec le site de l’abbaye. En moyenne, plus de 35000 connexions en trois heures pour avoir le droit d’appeler le moine chargé des commandes. Celui-ci est surbooké et il faut tenter sa chance plusieurs dizaines de fois avant de l’avoir en ligne.  Cette bière ressemble à l’Irlandaise Guinness en plus douce. Seulement dix abbayes trappistes existent dans le monde. Huit officiellement et deux en demande de validation papale. Sept sont belges, deux autrichiennes. À Vestvleteren, nous entrons dans la brasserie ultramoderne. Elle est bondée. Nous commandons le breuvage. Il est en effet excellent. Douze degrés d’alcool quand même. L’idée est maintenant de rencontrer les moines. Un pari réputé difficile. L’abbaye est fermée au public, seules quelques personnes y font une retraite. La porte du monastère est entrouverte. Un peintre est en train de la repeindre. Nous tentons une incursion. Il nous repousse vivement. Je remarque la qualité de son travail de décapage. La flatterie fonctionne et il nous propose de rencontrer le frère portier. En fait, nous prétextons que nous devons donner le bonjour de Frère Edouard de l’abbaye de Scourmont. Celui-ci a séjourné à Vestvletereren. Le frère portier est allemand et ne comprend rien à notre discours. Il part chercher un collègue qui parle français.

Oostende_2013_638 Arrive Frère Johannes. Grand, sec, lunnettes cerclées de fer. Pas le genre à rire de nos allures de routards rigolards. Il écoute poliment le bonjour donné et nous annonce que les vêpres débutent dans un quart d’heure. Nous tentons l’argument ultime. Nous l’avons rencontré et donc nous souhaiterions lui poser notre question rituelle. Le moine hésite. Accepte si cela dure dix minutes. Entrée dans le monastère, direction le parloir. Il refuse toute photographie à l’intérieur. Interview et réponse limpide du religieux. À notre grande surprise, il accepte un portrait et nous invite à assister aux vêpres.

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Nous le suivons dans les couloirs. Les locaux ont été refaits à neuf. Ambiance design. Surprenant. L’église est aussi moderne. Les moines font leur entrée. Ils sont dix-huit et se placent en « U ». Deux sont très âgés et suivent la messe dans un fauteuil roulant. On nous remet des missels en langue flamande. Et l’office débute. Quelques laïcs sont présents. Des chants et la liturgie chantée par le frère Johannes. Nous sortons de cette incursion monacale quelque peu ailleurs, avec une sensation de quiétude.

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Elle perdure jusqu’au village de Waton qui accueille un festival de poésie. Un peu plus loin, nous avons de nouveau franchi la frontière. Nous sommes en France. La nuit arrive. Nous bivouaquons à Houtkerque.

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