Etape 3 :  Bouillon- Olloy-sur-Viroin (81 kms) 

 

10h30, l’heure d’enfourcher nos vélos. Un marathonien rencontré la veille chausse ses Nikes et court à côté de nous sur quelques kilomètres. Déprimant de voir son aisance alors que nous peinons dans la pente. La route pour Bièvre est une grosse nationale gorgée de circulation. D’une laideur absolue avec ses grosses voitures qui prennent parfois un malin plaisir à frotter nos sacoches. Nous quittons sans regret l’asphalte inhospitalier pour une départementale qui nous ramène un temps en France. Nous jouons à saute frontière. Les Ardennes et ses très beaux villages aux maisons cossues aux murs de pierre grise ou de brique. Quelques personnes vaquent à leurs occupations de ruraux. On se salue. Un couple est planté à côté de son camping-car, les bras ballants. Nous nous arrêtons. Ils ont gazé l’intérieur de l’habitacle envahi par les mouches. Ils nous proposent un café. Un café du Nord pour ces C’htis d’Armentières en vacances. Discussions autour du vélo, du Tour de France que Monsieur suit dans les pentes des Alpes. Rencontre d’une simplicité absolue, amicale, tranquille. Nous les quittons. Ils attendent encore la mort des mouches. A Haybes, un vieux monsieur et son épouse Oostende_2013_178sont assis sur un banc, devant leur maison, silencieux. Nous demandons confirmation de notre route. A vélo, chaque mètre parcouru compte. Se tromper se paie dans les jambes dans ce pays de collines. Notre vue se promène sur la rivière, le long de cette Meuse d’une beauté immédiate. Elle est large à Haybes. Souvenirs de mariniers. A Oignies en Thierache, les bords de Meuse et leur platitude sont un lointain souvenir. Ça grimpe fort. « En avoir plein les cannes » est une expression qui nous parle entre deux arrêts pour reprendre souffle. Au bout d’un chemin, Pierre Delcourt semble nous attendre avec ses amis.Oostende_2013_180 Dans la cour de sa maison, ils sirotent un apéritif. Pierre fête son anniversaire et nous offre quelques minutes de rire avec une bière. « La Jupiler est un squette-mollet » lance l’homme jovial. Ça coupe les pattes. Nous nous en fichons. Elle fait du bien cette mousse. Rires à propos des expressions belges. S’ensuit une longue descente dans les bois. Lumières de fin de journée qui filtrent à travers les arbres. Les vélos filent sans résistance. Tout en haut d’une côte, à Olloy, le gîte est dans un camping à la réception fantomatique. Le temps vire au gris. C’est fou l’attention que le voyageur à vélo porte à la météo. Elle conditionne son quotidien, car rien ne s’oppose à la pluie et au vent. Seul le corps fait écran. La soirée est une succession de discussions sur la vie qui passe, les concessions, les emmerdeurs et les emmerderresses, la vieillesse. Nous avons emporté avec nous une petite philosophie de voyage portative. A côté de nous, un camping car allemand haut de gamme. Contraste.

Stéphane Harter

 

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