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Etape 10  ( hors projet !)  Ostende-Bruges (26 kms) 

 

C’est sous l’eau que se fait la liaison Ostende Bruges. Il pleut sans discontinuer. Bruges, la ville musée que nous atteignons en stop après avoir laissé nos bicyclettes en périphérie. Le trentenaire qui nous charge est un travailleur social. Nous échangeons quelques mots sur le trajet. Et nous le soumettons à notre question. Ce sera le dernier de ce périple. Déjà, nous envisageons la suite.

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Etape 9 :  Houtkerque-Ostende (80 kms) 

 

Oostende_2013_718Ce matin, l’arrêt dans le café d’Houtkerque s’est fait pour des raisons d’abord esthétiques. La façade est d’un rétro irrésistible. L’intérieur aussi, avec son bar, le poêle poussé contre un mur « pour l’été ». Nous y prenons notre café. Un rituel, l’absorption du café dans le nord. Aux murs, des affiches du carnaval local, aussi prisé ici que celui de Dunkerque. Gisèle est octogénaire et l’aide de Michel est précieuse pour faire tourner la petite affaire. L’ambiance est agréable, nous y restons longtemps pour écouter des histoires de voisins, des brèves de comptoir rurales. La vie est ici avec cette coopération, cette convivialité qui très souvent a fui la grande ville.

A Handshoote, nous déjeunons devant l’église qui carillonne à tous vents. Rien n’arrête le son dans ce paysage plat de canaux et de moulins.  Houtem, De Panne. Nous atteignons le bord de mer. La mer du Nord. Un bain, après des jours à pédaler.

Oostende_2013_800 Oostende_2013_804La côte égrène ses citées balnéaires à l’identique, reliées par un tramway sur plus de 50 kilomètres. Nieuwport et Ostende. Le but de notre voyage. Ostende à l’atmosphère surannée, ses 76 000 habitants, ses immeubles et son port. C’est ici que nous mangerons des moules et des frites chez « Arno’s » sur Wapenplein,  avec son kiosque à musique et son orchestre emporté par la musique de Carlos Santana. La serveuse a voyagé. En quelques phrases, elle nous emporte en Afrique, au Congo. Elle le fait souvent, par la pensée, pour échapper aux hivers longs et humides. Nous nous échappons aussi, vers d’autres ailleurs, d’autres rencontres.

Etape 8 :  Ypres-Houtkerque (37 kms) 

 

Au départ, rencontre d’un étrange tandem d’Anglais campeurs. Un side-car est garé à côté d’une tente format familial. Le side-car est déjà exceptionnel avec son panier en forme d’obus. De cet habitacle exigu est sortie une télévision, un salon en mousse rouge, une table basse. Un intérieur anglais version extérieur. Tout y est, du napperon à la théière qui siffle. Les quelques gouttes de pluie deviennent une douche belge.

Oostende_2013_472 Oostende_2013_486À la sortie d’Ypres, sur le bas-côté, dans une pelouse, d’énormes bouledogues colorés en résine se sont posés. Le propriétaire prend son petit déjeuner dans son salon et remarque notre intérêt. Il nous fait signe d’approcher et nous tend sa carte de visite. Il vend ses bouledogues synthétiques de jardin. Il les importe d’Asie. Il a aussi des bouddhas colorés. Nous entrons dans son pavillon pour prendre un café. Passionné par le Népal, l’homme s’est converti au bouddhisme, a rencontré le Dalaï lama.

Notre progression reprend avec le même taux d’humidité. Brielen, Elverdingue, Vleteren et son moulin et enfin Vestvleteren et son abbaye Saint-Sixte. Là aussi, production d’une bière trappiste. Réputée la meilleure du monde suite au classement d’un certain Michael Jackson. Pour obtenir un carton de six bouteilles de cette bière devenue mythique, il faut maintenant se connecter sur internet avec le site de l’abbaye. En moyenne, plus de 35000 connexions en trois heures pour avoir le droit d’appeler le moine chargé des commandes. Celui-ci est surbooké et il faut tenter sa chance plusieurs dizaines de fois avant de l’avoir en ligne.  Cette bière ressemble à l’Irlandaise Guinness en plus douce. Seulement dix abbayes trappistes existent dans le monde. Huit officiellement et deux en demande de validation papale. Sept sont belges, deux autrichiennes. À Vestvleteren, nous entrons dans la brasserie ultramoderne. Elle est bondée. Nous commandons le breuvage. Il est en effet excellent. Douze degrés d’alcool quand même. L’idée est maintenant de rencontrer les moines. Un pari réputé difficile. L’abbaye est fermée au public, seules quelques personnes y font une retraite. La porte du monastère est entrouverte. Un peintre est en train de la repeindre. Nous tentons une incursion. Il nous repousse vivement. Je remarque la qualité de son travail de décapage. La flatterie fonctionne et il nous propose de rencontrer le frère portier. En fait, nous prétextons que nous devons donner le bonjour de Frère Edouard de l’abbaye de Scourmont. Celui-ci a séjourné à Vestvletereren. Le frère portier est allemand et ne comprend rien à notre discours. Il part chercher un collègue qui parle français.

Oostende_2013_638 Arrive Frère Johannes. Grand, sec, lunnettes cerclées de fer. Pas le genre à rire de nos allures de routards rigolards. Il écoute poliment le bonjour donné et nous annonce que les vêpres débutent dans un quart d’heure. Nous tentons l’argument ultime. Nous l’avons rencontré et donc nous souhaiterions lui poser notre question rituelle. Le moine hésite. Accepte si cela dure dix minutes. Entrée dans le monastère, direction le parloir. Il refuse toute photographie à l’intérieur. Interview et réponse limpide du religieux. À notre grande surprise, il accepte un portrait et nous invite à assister aux vêpres.

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Nous le suivons dans les couloirs. Les locaux ont été refaits à neuf. Ambiance design. Surprenant. L’église est aussi moderne. Les moines font leur entrée. Ils sont dix-huit et se placent en « U ». Deux sont très âgés et suivent la messe dans un fauteuil roulant. On nous remet des missels en langue flamande. Et l’office débute. Quelques laïcs sont présents. Des chants et la liturgie chantée par le frère Johannes. Nous sortons de cette incursion monacale quelque peu ailleurs, avec une sensation de quiétude.

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Elle perdure jusqu’au village de Waton qui accueille un festival de poésie. Un peu plus loin, nous avons de nouveau franchi la frontière. Nous sommes en France. La nuit arrive. Nous bivouaquons à Houtkerque.

Etape 7 : Tournai-Ypres (70 kms)

 

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Oostende_2013_438Eviter les grandes agglomérations. Eviter à nos roues, Roubaix. Sa circulation intense. Sur notre route, Le bourg de Néchin. L’exilé fiscal Gérard Depardieu l’a sorti de l’anonymat. A la sortie du bourg, nous croisons Carmen à la sortie d’une boulangerie. Elle nous parle d’abord de sa fugue à vélo lorsqu’elle avait vingt ans. De la liberté rêvée. Elle habite sur la ligne frontière entre la France et la Belgique. Nous l’accompagnons chez elle pour retrouver son mari. Il est sur le pas de la porte. Nous rentrons une fois de plus dans un intérieur. On nous fait confiance.

Oostende_2013_456 Sur la route, nous demandons souvent notre route. Un représentant de commerce range son matériel dans le coffre de sa berline. Il se retourne, nous lui demandons notre chemin. Sa réaction est immédiate : «  Je suis peut-être indiscret mais quelle est votre destination finale ? » « Ostende ». L’homme m’explique les différentes étapes en ponctuant ses indications avec un « Monsieur, notez ! » qui ne souffre aucune ambiguïté. Je dois m’exécuter. La scène est d’un comique redoutable. Peu de temps après nous passons sans trop nous en rendre compte dans la région des Flandres néerlandaises. Le changement linguistique est brutal. Les panneaux publicitaires nous le rappellent. Le paysage se transforme. Il devient plat et la route n’est plus qu’une longue ligne droite infinie. Ennuyeux en vélo. Les cyclistes que nous croisons ne nous rendent plus le bonjour que nous leur adressons. La rigidité de la route se traduirait-elle chez les habitants de la région ? Fausses impressions ?

Oostende_2013_460 Oostende_2013_464A Ypres, même sensation désagréable. Nous prend-on pour des wallons ? Sans doute. Dans cette ville de 36 000 habitants détruite pendant la Grande Guerre, le débat actuel concerne la Grand Place qui doit changer de physionomie, ce qui n’est pas du goût de beaucoup. Ypres, entièrement reconstruite après 1918, ressemble à ses sœurs néerlandaises avec ses hautes maisons flamandes. Ici, pour circuler à vélo, tout est plus facile. Bandes cyclables et respect de la part des automobilistes. En Flandre, la barrière linguistique nous pose quelques problèmes et ne facilite pas les rencontres.

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Stéphane Harter

Etape 6 :  Gussignies-Condé-sur-l’Escaut-Tournai (61 kms) 

 

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A Condé-sur-l’Escaut, chez Didier Taillez , »Au Petit Bonsecours » est un café joyeux dans une ville triste. Condé transpire la tristesse. Dans les regards des passants, dans la décrépitude de ses murs. Même les monuments historiques crient grâce. Ils ne supportent plus la morosité ambiante seulement contrariée par les magnifiques étangs qui bordent la ville.

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Et donc « Au Petit Bonsecours »Oostende_2013_386 est une halte importante. Elle nous redonnera le goût de cette ville, l’espoir. Jean-Marie, légionnaire, nous sert une limonade. Son accent nordiste le rend proprement incompréhensible. Quiproquos, nous nous regardons incrédules. Le patron sort enfin de son bar. Didier a un physique à la José Bové. Le même sourire. C’est le plus basque des nordistes. Il a été serveur dans ce coin de France et en est tombé amoureux. Il en parle sans s’arrêter. Comme si ce flux de paroles le ramenait là-bas. Son ami Jean-Marie l’écoute, ponctue ses emportements d’un rire rocailleux. Jean-Marie le légionnaire a fait le Liban, la Guyane. Il ne veut pas trop en parler. Nous repartons difficilement pour Tournai. Nous serions bien restés plus longtemps avec les deux compères.

 

Stéphane Harter

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Etape 5 :  Chimay (Abbaye de Scourmont)-Feignies-Gussignies (95 kms)

La pluie s’est calmée. Il était temps. Le départ est matinal et les routes agréables.

A Solre-le-Château, le clocher se lance dans un concerto pour cloches. La musique envahit la Grand Place. Au café franco belge, un couple de Marseillais trouve le Nord Pas de Calais doux et tempéré comparé à leur citée phocéenne surchauffée et surpeuplée.

Oostende_2013_306 Nous choisissons toujours les plus petites routes pour circuler à vélo. Ce que ne comprennent pas toujours les personnes que nous rencontrons qui nous guident immanquablement vers des itinéraires plus directs.

A  Feignies, rencontre avec celle que l’on appellera désormais « la marchande d’oeuf » et son maris, Oostende_2013_320Marie-Noëlle et José Delbouve.

 

 

A Gussignies, après le restaurant local, « Au baron », où l’on sert une bière locale, « La Jonquille » avec une tourte aux poireaux et aux Maroilles, nous campons à la ferme sur les conseils de la jeune serveuse. Sa famille, les Lefebvre, nous prête un champ. Tout près, un magnifique étalon noir galope.

Oostende_2013_340Le fermier est déprimé, usé, il va arrêter son activité d’éleveur. Il a vendu ses 130 vaches au printemps. Peut-être reprendra-t-il quelques chèvres ? Son cas n’est pas unique dans la région. Les agriculteurs paient ici le prix fort d’une course à la rentabilité et à la productivité. Dans les prés, les vaches Blanc Bleu Belge n’en n’ont rien à paître.

Stéphane Harter.

Etape 4 :  Olloy-sur-Viroin-Chimay (Abbaye de Scourmont) (40 kms) 

 

A Petigny, roulements de tambour. Le son voyage dans les airs et file au dessus de la route. Des hommes et des femmes travestis en gardes napoléoniens. Costumes rouges, bleus et blancs, bonnets de laine noirs. Un défilé sous la pluie. Puis une messe à l’église du village. Une commémoration qui rassemble, une tradition.

Il tombe des cordes. Nous roulons vers Couvin.

Oostende_2013_247 Oostende_2013_253 De très petites routes nous entraînent à Chimay. Une baraque à frites résiste au mauvais temps. Un couple d’une soixantaine d’années s’est recroquevillé à l’intérieur. Nous mangeons nos premières frites belges. Délicieuses. Les rares clients s’arrêtent et commandent leurs boulettes de viandes à la sauce. Discussions de baraque à frites sur les usines qui ferment et la difficulté de trouver du travail.

A Chimay, nous goûtons un breuvage délicieux. De la Chimay, bière d’abbaye, dans le café de « Papy ». « Papy » est un vieux Monsieur rigolard qui nous conseille d’aller jusqu’à la source de la bière trappiste. Convaincus du bien fondé de son injonction, nous nous rendons à l’abbaye Notre Dame de Scourmont. Au bout d’une allée d’arbres taillés, une bâtisse sobre. Quelques touristes. Nous entrons. A droite, comme une loge de concierge. Un petit bureau où est assis Frère Edouard, le frère portier que nous avons affublé par erreur du titre inventé de « frère aubergiste ». Cela provoque chez lui un rire sonore. Ce moine barbu et costaud semble s’être décollé d’une étiquette de boîte de camembert.Oostende_2013_267Il a le physique joyeux, la bonne humeur transmissible. Sa rencontre est lumineuse.

Stéphane Harter

 

Etape 3 :  Bouillon- Olloy-sur-Viroin (81 kms) 

 

10h30, l’heure d’enfourcher nos vélos. Un marathonien rencontré la veille chausse ses Nikes et court à côté de nous sur quelques kilomètres. Déprimant de voir son aisance alors que nous peinons dans la pente. La route pour Bièvre est une grosse nationale gorgée de circulation. D’une laideur absolue avec ses grosses voitures qui prennent parfois un malin plaisir à frotter nos sacoches. Nous quittons sans regret l’asphalte inhospitalier pour une départementale qui nous ramène un temps en France. Nous jouons à saute frontière. Les Ardennes et ses très beaux villages aux maisons cossues aux murs de pierre grise ou de brique. Quelques personnes vaquent à leurs occupations de ruraux. On se salue. Un couple est planté à côté de son camping-car, les bras ballants. Nous nous arrêtons. Ils ont gazé l’intérieur de l’habitacle envahi par les mouches. Ils nous proposent un café. Un café du Nord pour ces C’htis d’Armentières en vacances. Discussions autour du vélo, du Tour de France que Monsieur suit dans les pentes des Alpes. Rencontre d’une simplicité absolue, amicale, tranquille. Nous les quittons. Ils attendent encore la mort des mouches. A Haybes, un vieux monsieur et son épouse Oostende_2013_178sont assis sur un banc, devant leur maison, silencieux. Nous demandons confirmation de notre route. A vélo, chaque mètre parcouru compte. Se tromper se paie dans les jambes dans ce pays de collines. Notre vue se promène sur la rivière, le long de cette Meuse d’une beauté immédiate. Elle est large à Haybes. Souvenirs de mariniers. A Oignies en Thierache, les bords de Meuse et leur platitude sont un lointain souvenir. Ça grimpe fort. « En avoir plein les cannes » est une expression qui nous parle entre deux arrêts pour reprendre souffle. Au bout d’un chemin, Pierre Delcourt semble nous attendre avec ses amis.Oostende_2013_180 Dans la cour de sa maison, ils sirotent un apéritif. Pierre fête son anniversaire et nous offre quelques minutes de rire avec une bière. « La Jupiler est un squette-mollet » lance l’homme jovial. Ça coupe les pattes. Nous nous en fichons. Elle fait du bien cette mousse. Rires à propos des expressions belges. S’ensuit une longue descente dans les bois. Lumières de fin de journée qui filtrent à travers les arbres. Les vélos filent sans résistance. Tout en haut d’une côte, à Olloy, le gîte est dans un camping à la réception fantomatique. Le temps vire au gris. C’est fou l’attention que le voyageur à vélo porte à la météo. Elle conditionne son quotidien, car rien ne s’oppose à la pluie et au vent. Seul le corps fait écran. La soirée est une succession de discussions sur la vie qui passe, les concessions, les emmerdeurs et les emmerderresses, la vieillesse. Nous avons emporté avec nous une petite philosophie de voyage portative. A côté de nous, un camping car allemand haut de gamme. Contraste.

Stéphane Harter

 

Etape 2 :  Tellancourt-Bouillon ( Belgique) (76 kms) 

 

Passage de l’ancienne frontière entre la France et la Belgique.Oostende_2013_95 Souvenirs de ces zones frontalières qui ont disparu dans l’Europe de 2013. La barrière n’est plus là. Aussitôt cette ligne imaginaire franchie, les maisons changent leur plan. Elles sont plus massives, assez hautes, avec des fenêtres qui s’ouvrent sur le ciel. Elles sont belges, avec un style bien à elles. La route semble défier nos mollets avec ses petites pentes raides. Nous relevons le défi sans nos regarder souffrir. Chacun sa peine. Sur le bord de la route, Patrick Marchal prépare sa Citroën Acadiane d’un autre âge de l’automobile. Militaire à Bruxelles, il a cet accent qui distille aussitôt une bonne humeur dans un dialogue. Patrick part en vacances en Alsace mais bientôt il retrouvera ses amis Citroënnistes. Sa passion semble inépuisable.

A midi, le passage à l’abbaye trappiste d’Orval sera ponctué par un déjeuner attendu par nos estomacs tendus. Juste avant, notre première bière belge vient de traverser la pompe à pression du bar de Jean-Philippe à Gérouville pour atterrir dans un verre accueillant. Son frère François travaille à Orval, à l’Ange gardien. Nous sommes proches de l’abbaye, l’ange nous procure une pitance de charcuterie locale et de fromage du cru. Après Orval, la route grimpe encore un peu plus. Sur le vélo, se protéger du soleil sur une longue ligne droite est vite un réflexe. Il fait très chaud et l’arrivée à Bouillon est encore loin. Nous y arrivons finalement à 19 heures. Un camping au bord de la Semoise. Quelques pêcheurs et une forêt de mobil homes. Des Hollandais nous offrent une bière réparatrice, celle qui soigne instantanément après l’effort. La voisine est de Chimay. Elle nous offre du fromage tandis qu’un autre voisin nous offre des gaufres de Charleroi. Il est onze heures, nous sommes épuisés mais heureux.

Stéphane Harter

Etape 1 (départ le 15/08/2013) – Metz-Tellancourt (83 kms)

Le départ. Dans la rue, devant chez Rémi. Nos sacoches soigneusement fixées sur les vélos. Nous avons tout vérifié, attaché, réglé. Premier coup de pédale. Quelque chose frotte sur le pneu avant. Quoi ? mystère. Mais cela a le pouvoir d’énerver. Un bruit régulier. L’effet est le même qu’un goutte-à-goutte d’un robinet qui fuie. Je ne connaîtrai jamais l’origine du frottement. Frustration. Il s’arrête au bout de quelques kilomètres. Nous quittons Metz par les rives de la Moselle. Moulins, la vallée de Montvaulx, Saint Privas la Montagne, Sainte-Marie aux Chênes, Auboué la ville ou le sous sol minier se dérobe et s’affaisse, Briey, Landres, Pierrepont, Beuveille, Fermont, Tellancourt. A Briey, la Cité radieuse de Le Corbusier se devine dans la verdure environnante. Oostende_2013_03« On y va ? » « On y va ». Descente à travers bois, nous longeons un étang. Arrivé en bas, il faut remonter, toujours la même histoire. Une pente raide, inhumaine pour nos corps peu entraînés. En haut, une grande barre ? La Cité. Une exposition photo. Simone de Beauvoir y a séjourné. Montée dans les étages. C’est désert. Nous quittons les lieux quand nous croisons Erika. Belle jeune femme qui semble pressée. Erika est directrice d’un centre d’orientation. C’est la première personne qui va répondre à notre question qui va vite devenir rituelle «  Et si vous pouviez tout changer dans votre vie, que feriez-vous ? ». Elle se prêt au jeu, nous avons un peu de mal à régler notre matériel d’enregistrement. Elle patiente. Elle part en vacances. Nous filons de notre côté avant un détour par la chaufferie de la Cité et la rencontre étrange d’un artiste plasticien et de ses œuvres dérangeantes. A Fermont, panne sèche, nos bidons d’eau sont vides. Un éducateur spécialisé et sa femme nous offre l’accès direct à leur robinet. Le soir, à Tellancourt, nous longeons des jardins, un verger. Un vieil homme est penché sur son carré de patates. « C’est de la ratte ? Elles sont trop biscornues. Je les ai eu au Bricomarché gratuitement. Elles sont bonnes avec du beurre. Vous avez vu les doryphores ? ». Le monsieur a 82 ans. Nos lui demandons un endroit pour planter la tente. Il nous désigne un carré dans son verger sans nous regarder. « Vous ne laisserez pas de papiers en partant ! ». Autour de nous, des maisons construites après guerre. Au bout du champ, l’ancienne baraque du douanier. Nous sommes à quelques kilomètres de l’ancienne frontière, près de Virton. C’est donc la saison de la récolte des patates. Le lendemain matin, dès la première heure, Jean-Claude, ancien sidérurgiste à Hayange, est dans son potager. Il fait beau. Ciel bleu. Hier soir, le vieux monsieur nous a beaucoup parlé de sa jeunesse, de la guerre qui l’a méchamment bercée. Aujourd’hui, il vit avec sa sœur dans la ferme familiale. Son frère est mort il y a quelques années. « Jean-Claude, faudra que tu me ramènes mon cadenas ! Je l’avais laissé près du robinet et il n’y est plus. » Le vieil homme est déjà reparti.

Stéphane Harter